Histoire industrielle de la soie à SAILLANS
Le tourisme du Patrimoine historique et culturel

autour des chambres d'hôtes Frédéric MORIN et SALOME à Saillans

Moulins hydrauliques de la Drôme, hydroélectricité, machines à vapeur, générateur diesel, chaudière à fuel lourd, diversité des sources énergétiques

par Frédéric MORIN (texte et photos sauf mention contraire),
membre de l'Académie Drômoise des Lettres, Sciences et Arts depuis 2000


Saillans n'a jamais eu de château ni connu de seigneur féodal : les jeux de pouvoir sont ici complexes. Les murailles furent reconstruites en 1652 ; à cette période remonte aussi l'expansion industrieuse de Saillans avec la draperie de laine (fabriques Roche, Rey, Souvion, Barnier...), puis de coton (fabriques Daly et Jean-Claude Eymieu jusqu'en 1848) et surtout de la soie favorisée par la plantation, à partir de 1650, de mûriers dont se nourrissent les vers du Bombyx du mûrier. Trois moulins à soie sont signalés dans les archives municipales dès 1725 ; le tissage n’apparaît dans les textes disponibles qu’en 1844 avec 6 fabricants de petites étoffes alors que 4 usines de moulinage sont mentionnées en 1843. En 1773, Jean-Claude Eymieu avait lancé un mélange de soie et de coton, la Saillantine, mais fini par rabattre ses prétentions en produisant des mouchoirs, fabrication bien modeste mais accessible à la main d’œuvre disponible à Saillans.

Ces manufactures exploitaient principalement la force motrice des eaux de la Drôme, qui n’est gratuite qu’en apparence. En 1434, un premier pacte conclu entre les habitants de Saillans et le prieur Jean de Plane avait fixé les conditions du moulinage de l'eau, pour la farine comme pour les autres usages. En 1450, le dauphin futur Louis XI fit annuler ce pacte, mais consentit au maintien à jamais du barrage déjà installé sur la Drôme et des droits d'eau liés aux moulins du village, sauf à laisser passer les bois de flottage.
A partir de 1808, les moulins étaient répartis entre plusieurs propriétaires, mais Michel-Pascal-Marie Eymieu (fils de Jean-Claude) racheta ces six moulins en 1828 : une inscription gravée dans la pierre au Détroit, à la sortie de la prise d'eau du barrage d'alimentation du canal, porte son nom et cette date.
Vue de Saillans publiée par Debelle en 1835
Il construisit le bâtiment de Piquepierre I avant 1835, Piquepierre II avant 1843 ; ces deux bâtiments viennent d'être réhabilités en logements par madame et monsieur Christian Alphonse : Les Terrasses de la Drôme. Avant 1843 également, Michel-Pascal-Marie Eymieu édifia le bâtiment de l'Echarenne, le plus éloigné du village, qui accueille désormais notre Maison d’Hôtes ouverte en 2008. Ce premier bâtiment ne comportait que 8 travées de fenêtres aux encadrements de pierre ; il fut progressivement agrandi tant vers l’Ouest que vers l’Est en fonction des besoins.


En 1859, son fils Michel-André Eymieu hérita de cette fabrique de l'Echarenne, alors que les bâtiments Piquepierre I et II échurent à Bernard Léon Eymieu en 1864 à la mort de Michel-Pascal-Marie. Marius Bouvier, marchand de soie établi à Die, racheta le bâtiment de l'Echarenne en 1874, puis ceux de Piquepierre en 1877, avant de les louer d'abord en 1892 puis de les vendre aux établissements Naef de Zurich en 1898 ; il siégea jusqu’en 1904 au Conseil d’Administration de la SA Naef créée en 1898. Les effectifs atteignirent leur maximal en 1906 avec 400 ouvriers et ouvrières, au moment où la population de Saillans atteignait 1.700 personnes.

La filature de l’Echarenne concentrait le dévidage des cocons, l'ourdissage, le remettage et l'encollage, alors que 216 métiers droits et 260 métiers horizontaux cliquetaient dans les différents tissages des Piquepierre I et II en 1909.

une partie des tissages dans l’un des bâtiments de Piquepierre, photo "Mémoires de Soie" p. 112. L’électricité est bien présente pour l’éclairage et probablement aussi pour l’alimentation des métiers ; la longueur de la robe du personnage de droite comme les talons de ses chaussures font penser à une photo relativement récente, postérieure à la dernière guerre. On distingue également trois types différents de métiers à tisser. Outre une turbine installée auprès des bâtiments Piquepierre où étaient installés les tissages, la force nécessaire au moulinage était apportée par une grande roue à aube (8m de diamètre) dont le bâtiment apparaît, sur une unique photographie, au pied du bâtiment de l'Echarenne sur le canal alimentant les moulins de Saillans. Cette photographie montre le tunnel à moitié construit, juste avant son achèvement en 1884. Il s’agissait d’une roue par-dessous ou au fil de l'esau qui exploitait la vitesse de l’eau maintenue au fond du canal et non pas sa chute, de manière à laisser cette chute à d’autres usages en aval, notamment pour une turbine qui animait les tissages d’abord puis produisit de l’électricité ensuite.
vue des manufactures en 1884 pendant la construction du tunnel, avant l'arrivée des Naef à Saillans
L’analyse des vestiges dans le bâtiment de l’Echarenne (notamment les traces laissées par l’arbre moteur de la roue en rapport avec le niveau maximal de l’eau dans le canal) confirme la grande taille de cette roue, mais questionne aussi sur d’autres ressources énergétiques puisque cette roue n’apparaît plus sur aucune autre photographie d’extérieurs, alors-même que différentes photographies intérieures attestent de la présence de machines après la démolition de la roue. Il faut aussi conserver à l’esprit que le dévidage des cocons se fait dans l’eau bouillante : une chaudière est indispensable à ce titre.

A la sortie du Détroit, l’eau de la Drôme était conduite dans le canal par un barrage en graviers, reconstruit après chaque crue, jusqu’à la construction d’un barrage en dur dans les années 1940, dont le premier exemplaire insuffisamment fondé fut emporté à la première crue. Correctement fondé sur le rocher en 1951, le second exemplaire résista jusqu’à sa démolition en 1995 : il avait alors perdu son utilité liée à la production d’électricité. Mais les aléas climatiques, les étiage d’été comme d’hiver, les orages violents, la glace en hiver qui bloquait aubes et turbines, rendaient indispensables d’autres sources alternatives pour assurer la continuité de l'exploitation.

carte postale expédiée en 1902 : le bâtiment de la roue à aubes par dessous à disparu. La hauteur du mur du canal semble être supérieure à celle visible sur la photo de 1884, ce qui est confirmé par l’observation d’un rehaut de 0,50m à l’endroit renforcé par les arches et en amont.

En 1892, Marius Bouvier loua aux Naef cinq bâtiments pouvant contenir 200 métiers, mais aussi de la force hydraulique à hauteur de 150 chevaux et un bâtiment des matières inflammables. Cet ensemble est définitivement acquis en 1898 par les Naef ; ceux-ci remplacent la vieille turbine de Piquepierre en 1906. En 1902 puis en 1904, deux carte postales oblitérées par la Poste montrent qu’un bâtiment à trois niveaux de fenêtres encadrées de briques prolonge vers l’Est le bâtiment de l’Echarenne, lequel avait déjà été augmenté de 2 fenêtres supplémentaires en pierre (10 fenêtres au total). La charpente de la croupe a été déplacée dans son ensemble de 5,20m vers l’Est. Mais les niveaux des premiers planchers ne correspondent pas à ceux de l’ourdissage ; ils seront modifiés par la suite. En 1907 l’ourdissage aurait été transféré, en partie seulement, de l’Echarenne au Prieuré, usine louée par Erneste Faure (la mère de Maurice Faure) depuis 1892 et finalement rachetée par les Naef en 1922.

évolution schématique des rajouts au bâtiment de l’Echarenne et trajets des forces motrices. Michel-Pascal-Marie Eymieu édifia le bâtiment de l'Echarenne avant 1843 : c’est la partie centrale ; il le léga à son fils Michel-André en 1859. L’Echarenne fut le premier bâtiment racheté à Saillans par Marius Bouvier en 1874 : Bouvier le loua ensuite au Naef en 1892 puis le leur vendit en 1898. La filature de l’Echarenne concentrait le dévidage des cocons, le moulinage, l'ourdissage, le remettage et l'encollage.

les ateliers électrifiés de l'ourdissage à l'Echarenne
l’ourdissage au premier étage du bâtiment de l’Echarenne, photo "Mémoires de Soie" p. 114, aujourd’hui les salons de la Maison d’Hôtes Frédéric Morin et Salomé.

Une photographie ancienne (entre deux-guerres ?) montre l’atelier de l’ourdissage de l’Echarenne, bénéficiant de l'électricité tant pour l’éclairage que pour le mouvement des quatre machines : aucune courroie n’est visible dans cette vaste salle qui est aujourd'hui les salons de la Maison d'Hôtes Frédéric Morin et Salomé, à 1,75m au-dessus du niveau de la rue Faubourg du Temple, au premier étage donc. L’électricité était produite par une turbine intégrée à l'usine Naef rive droite de la Drôme, turbinant les eaux du canal dès avant 1904, alors que celle destinée aux habitants du village aurait été produite à partir de 1912 seulement par une usine implantée en rive gauche à la sortie du Détroit, en amont de Saillans et surtout de la prise d’eau aménagée en 1828 par Michel-Pascal-Marie Eymieu. Les éclairages se prolongent dans l’agrandissement aux fenêtres de briques, dont le sol a été mis de niveau avec celui de l’ourdissage. Sur la gauche de la photo, l’espace manque pour installer 4 autres ourdissoirs : les planchers de l’atelier étaient moins chargé que précédemment, ou plutôt la charge était concentrée au Sud, près des fenêtres les mieux éclairées. C’est ainsi que les barres métalliques de renfort de ce plancher sont concentrées au Sud également de l’atelier de moulinage à proprement parler, sous l’ourdissage. Mais comment travailler sans lumière en cas d’immobilisation de la turbine par la glace, ou si un orage a emporté le barrage ? Il faut envisager un générateur de secours, ou compter sur la fourniture urbaine de l’électricité pour l’éclairage !

Une autre photographie encore plus ancienne de l'intérieur de ce même bâtiment montre ce même atelier d’ourdissage mais comptant huit ourdissoirs animés par les arbres, poulies et courroies de transmission du mouvement au premier étage, alors que certaines courroies traversent le plafond pour animer d’autres machines installées au dernier étage. Le bâtiment est déjà prolongé deux fois vers l’Est ; et la salle se poursuit dans ces deux agrandissements successifs alors que le dernier agrandissement avait initialement un rythme de planchers (et de fenêtres) différent de celui du bâtiment principal : cette photo est donc assez nettement postérieure à 1884.
Les luminaires d’éclairage semblent électriques, au vu des double fils qui courent au plafond et sur les poutres, signalant un neutre et une phase, en 110 volts bien sûr. On distingue également tout au fond, dans l’agrandissement mis de niveau avec cet atelier ancien, une forte masse noire. Cette photographie prise d’Ouest en Est ne montre pas l’origine de la force motrice de l’arbre de droite, laquelle est donc dans le dos du photographe.
les ateliers de l'ourdissage à l'Echarenne, dont les machines sont animées par une roue à aube de 8m de diamètre
l’ourdissage au premier étage du bâtiment de l’Echarenne, photo "Mémoires de Soie" p. 115

Il est peu probable que la force de la roue à aubes par dessous ait été suffisante pour tant d’usages. Par ailleurs, l’exploration des sous-sols de ce bâtiment de l’Echarenne fait constater des modifications substantielles dans l’organisation des arbres moteurs.
Et justement un petit graffiti retrouvé dans ce sous-sol jette un éclairage particulier sur cette question. Il est rédigé dans un français approximatif, et accompagné d’un « brouillon » qui a été martelé :

On distingue de gauche à droite : un câble qui apporte le mouvement à une première poulie disposée sur un arbre ; de l’autre côté de cet arbre, un jeu de couronnes dentées transmet la rotation à un deuxième arbre noté rasmision, portant 5 poulies animant chacune une autre poulie via une courroie en 8 qui rétablit le sens initial de rotation inversé par la transmission d’engrenage. Trois sont marquées moulin ou moulinage, deux sont marquées trosse ( ?).

La photographie extérieure de 1884 montre de nombreuses cheminées de chauffage de ce bâtiment, dont les conduits ont été retrouvés dans les murs périphériques, tout comme une cheminée qui semble plus forte à l’Ouest, au-dessus d’un hangar. Cette cheminée plus importante apparaît également sur les photographies postérieures à 1884, dans les extensions occidentales du bâtiment de l’Echarenne. Une photo de 1921 prise par Otto Maeschler montre qu’à cette date le bâtiment de l’Echarenne n’a pas encore été complété à son extrémité orientale par la chaufferie aujourd’hui encore visible, laquelle contenait une chaudière productrice de vapeur fonctionnant au fuel lourd dans un dernier temps (cuves de 12.000 litres associées à la chaudière) et au charbon dans un premier temps. Cette chaudière porte une plaque ALPAVE (Association Lyonnaise des Propriétaires d’Appareils à Vapeur et Electriques). Deux caisses à charbon ont été retrouvées, la plus récente à la place des cuves à fuel lourd à l’Est et la plus ancienne dans l’extrémité occidentale de l’Echarenne, celle-ci contenant 35m3 de charbon, mais ne constituant pas pour autant le bâtiment des matières inflammables distinctement identifié sur le bail des Naef en 1892. A l’Ouest, les bâtiments accolés sont encore de 2 niveaux au-dessus de la rue pour le premier agrandissement (visible sur les cartes postales oblitérées en 1911 et 1916), et ne dépasse pas encore la hauteur de 2m au-dessus du niveau de la rue pour le 2ème agrandissement et donc dissimulé derrière le mur de clôture sur cette même carte postale.

Il faut donc conjecturer que le moulinage attesté par le livre des Naef en 1893 à l’Echarenne pouvait avoir été mu par la roue à aubes par dessous et qu’il était aménagé dans le local (5m sous plafond) sous le niveau de la rue Faubourg du Temple, aujourd’hui les ateliers de sculpture en verre de Frédéric et Salomé Morin. Le sol de cet atelier est encore marqué de très nombreuses bordures de règles permettant de recevoir des machines sur un sol parfait. Le sous-sol comporte de nombreux piliers de maçonnerie sur lesquels retombent des voûtes plates de briques portant les machines du moulinages sur un planchéiage de chêne. Ces voûtes plates ont été localement percées lorsqu’une dalle pleine de béton ferraillé a été coulée sur ces mêmes planches de chêne du plancher antérieur, disposées en coffrage perdu.
Mais en complément de la force apportée par cette troue à aubes une machine à vapeur alimentée au charbon de terre semble avoir été installée à l’Ouest de ce bâtiment, en cohérence avec l’emplacement de la première caisse à charbon de 35m3 d’une part, avec la nécessité d’une source de vapeur pour dévider les cocons à l’eau bouillante, avec la reprise des trajets des arbres moteur en sous-sol et enfin avec l’origine de la force motrice invisible sur la photographie la plus ancienne de l’ourdissage de l’Echarenne situé à l’étage 5m au-dessus du premier moulinage.
Les arbres moteurs pouvaient être animés tant par la roue à aube centrale que par la machine à vapeur à l’Ouest, des courroies facilitant le transfert de motricité par embrayage progressif, ce que des engrenages ne savent pas faire. En cas de manque d’eau, la vapeur pouvait prendre le relais, tant pour le mouvement des machines que pour la production d’électricité au besoin.
Une carte postale oblitérée en 1916 montre la façade sur la rue Faubourg du Temple avec 10 encadrements de fenêtre en pierre, complétée vers l’Est par un bâtiment plus bas comptant trois autres fenêtres plus hautes et vers l’Ouest par un autre bâtiment bas à deux niveaux (il en comporte 3 aujourd’hui), comptant diverses portes et 2 fenêtres aux encadrement de brique (il y en a 4 aujourd’hui). Un détail attire l’attention : celui d’une carriole à bras dont le chapeau d’un enfant dissimule le chargement, mais qui stationne devant l’une des deux trappes d’alimentation ouverte de cette caisse à charbon de 35m3.

carte postale oblitérée en 1916 (ce qui ne veut pas dire que la photo ne soit pas plus ancienne : les mêmes ouvertures des extensions ouest du bâtiment de l’Echarenne sont visibles sur une carte oblitérée en 1911). Les 4 fils électriques de la distribution publique sont visibles.

Les très nombreuses machines de l’Echarenne pouvaient donc être également mues par une machine à vapeur à charbon, d’un fonctionnement régulier et sûr, et non plus seulement par la force des eaux de la Drôme au caractère aléatoire. Les tissages de Piquepierre restent animés par la turbine… directement ou via la production d’électricité suivant la période considérée, sans présumer d’un complément précieux en cas de besoin, conjecturé par ce fameux bâtiment aux matières inflammables.
Cette hypothèse est confortée par le fait que la première ligne d’arbre moteur issue de la roue à aube de l’Echarenne (aux paliers de bois, à partir du milieu du bâtiment de l’Echarenne) s’étend vers l’Ouest de manière curieuse ; elle a été interrompue par la construction des piliers de renfort du plancher de l’étage au moment où l’on a posé dessus les nouvelles ourdisseuses dont les courroies ne sont plus visibles sur la photo la plus récente de l’ourdissage. Ces piliers sont aussi cohérents avec la reprise en béton armé du sol de cet atelier de moulinage, initialement planchéié de chêne sur un platelage de chevrons porté par de voûtes catalanes en brique lancées entre les piliers de la cave, où courraient également les arbres moteurs.

carte postale non datée : à gauche du véhicule automobile, qui ressemble beaucoup à un Renault AG1 rendu célèbre par la bataille de la Marne en septembre 1914, deux charrettes lourdement chargées d’une matière noire sont en cours de déchargement à l’emplacement de la caisse à charbon occidentale.

Cette hypothèse est cohérente aussi avec l’arrivée du charbon de terre dans les fabriques drômoises, par exemple à la Poterie de la Grande Cheminée au Poët-Laval des Roussin, qui inaugurent un four à charbon dès le 16 septembre 1885 appelé La Californie dont ils espèrent la fortune, après que l’un des potiers de Dieulefit, Etienne Vignal, eût dès 1836 levé une souscription auprès de 74 maîtres-potiers pour rassembler un peu plus de 400 francs destinés à financer deux cuissons expérimentales au dit charbon de pierre (cf. un manifeste intitulé « L’Union enfante la prospérité, la jalousie la tue ») .

Dans un troisième temps, l’électricité produite par la turbine à proximité des bâtiments Piquepierre, remplacée en 1906 par les Naef, a petit-à-petit complété puis s’est progressivement substituée à la machine à vapeur, peut-être avant-même la Grande Guerre. La vapeur nécessaire au dévidage des cocons et au chauffage fut ensuite produite par une nouvelle chaufferie construite à l’Est du bâtiment de l’Echarenne après 1921, dont les ouvertures portaient souvent des double-fenêtres pour mieux conserver la chaleur à l’intérieur. L’atelier d’encollage occupait également la partie la plus proche de la nouvelle chaudière comme en témoignent deux photographies de l’encolleuse installée sous l’actuelle terrasse de la Maison d’Hôtes, dans une chaleur et une humidité constantes.

Mais peut-on imaginer que le fonctionnement du monte-charge (600kg de charge utile, moteur en 220 volts triphasé qui produit aujourd’hui de l’électricité éolienne en Afrique subsaharienne) installé auprès du quai de déchargement de l’Echarenne en 1929 puisse être interrompu par la glace en hiver ou par une crue emportant le barrage ? Un moteur thermique devait impérativement pouvoir prendre le relais de la turbine pour fournir l’électricité nécessaire en un tel cas de besoin. Monsieur Voirol, en poste à Saillans de 1924 à 26 puis administrateur délégué du PDG de la SA Naef à Lyon, signale la présence d’un moteur diesel Sulzer au nombre des nombreuses machines suisses des soieries de Saillans.

Après avoir beaucoup travaillé les matières synthétiques à partir des années 1950, les soieries Naef de Saillans ont fonctionné jusqu'en 1968, mettant alors 114 ouvriers au chômage.
En 1974, Gérard Murat a racheté les locaux devenus communaux ; il a complété son activité industrielle d’injection plastique par la production d’électricité en entretenant l’installation créée par les Naef, jusqu’à la démolition du barrage en 1995.

démontage du plancher de l’ancien ourdissage en 2004, sous la toiture partiellement effondrée

Depuis le déménagement à Crest de l’entreprise de monsieur Murat en 2000, les activités saisonnières de la viticulture --AOC Clairette de Die dont le canton de Saillans produit la majeure partie-- et de l'accueil touristique restent les seules ressources économiques de Saillans.
C’est ainsi qu’en 2004 Frédéric Morin, issu d’une famille de drapiers puis verriers à Dieulefit, et sa femme Salomé, issue d’une lignée d’architectes stéphanois, ont entrepris des travaux colossaux dans le bâtiment de l’Echarenne pour y ouvrir, après 5 ans d’engagement personnel, leur Maison d’Hôtes qui participe désormais à la renommée de Saillans.

Frédéric Morin, 2013

La rédaction de ces pages doit beaucoup à :
"Saillans, histoire et tourisme" de Jean-Noël Couriol, S.I. + Les Amis de la Lecture, 1991,
"Mémoires de soie", Alliot-Baur-Baur-Bonnard, Vivre à Saillans, Saillans, 2010, reprenant beaucoup d’informations
de : "Die Webereien des Familie Näf von Kappel und Zurich 1846-1946" de Emil Usteri, Zurich, 1946,
et "Le Solaure" périodique de l'Office de Tourisme du Pays de Saillans et ses nombreux articles de Maurice Peyrard.



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